Violences policières et article 24: les relations entre les forces de l’ordre et la population sur le devant de la scène

Jeudi, les vidéos tournaient en boucle. Celles, confuses, du tabassage de Michel Zeckler par plusieurs policiers à l’entrée de son studio d’abord ; celles de son visage tuméfié ensuite. Loin de n’être qu’un fait divers, l’incident soulève une prise de conscience et un débat houleux de toutes parts.

Une situation sous haute tension

Les rapports violents entre agents des forces de l’ordre et population ont été beaucoup médiatisés au cours des dernières années, à travers des scandales controversés comme le viol de Théo ou la mort d’Adama Traoré, ou encore des films les mettant en scène tel que Les Misérables de Ladj Ly. Mais c’est surtout depuis les manifestations des gilets jaunes, et les dérives qui s’en sont suivies des deux côtés, que l’image de la police s’essouffle. Selon un sondage d’Ifop en janvier dernier, 60% de la population aurait une opinion positive des forces de l’ordre. En Allemagne, le niveau de confiance s’élèverait à 83%.

Les expériences sur place ou par le biais d’images diffusées sur les réseaux sociaux ont mis la lumière sur l’arsenal d’armes et de moyens que seule la police française est en droit d’utiliser parmi ses congénères européennes : gaz lacrymogène, mais aussi grenades GLI-F4, tirs en caoutchouc ou encore canons à eau… Si les grenades GLI-F4, dont l’usage est fortement critiqué en France et en Europe, ont été remplacées depuis le 12 septembre par la grenade GML2, version moins dangereuse car sans éclats à l’explosion, le traumatisme est indélébile pour certains, de même que les blessures.

L’agression sur Michel Zeckler vient donc faire écho à un contexte très particulier entre proposition de loi sécurité globale décriée, et atteintes toujours plus spectaculaires de bandes délictueuses organisées contre les forces de l’ordre et la surveillance, à l’image de la destruction de mâts de vidéosurveillance avec un tractopelle volé à Montbéliard dans la nuit du 22 au 23 novembre.

L’escalade des violences policières semble donc s’intriquer avec celle des délinquants, de telle sorte que l’opinion publique cherche généralement les torts de l’agressé. L’affaire Michel Zecker ne fait pas exception ; les réactions du gouvernement et de la police ne se sont néanmoins pas fait attendre : le Président envoyait ce samedi une longue lettre à ces citoyens appelant au respect mutuel. Les syndicats de police reconnaissaient quant à eux la bavure ; les quatre policiers impliqués ont été mis en examen, deux sont placés en détention provisoire.

L’Allemagne aussi a beaucoup réagi face à l’incident. Mais elle n’est pas épargnée par le phénomène non plus ; de nombreux cas de racisme ou de violence sont reportés. Depuis l’année dernière, des groupes WhatsApp de policiers se partageant des images racistes, xénophobes, allégeant parfois les activités du nazisme, sont démantelés ; les agents sont quant à eux immédiatement suspendus. La violence s’escalade également avec les manifestations des « libres penseurs » (contestataires aux mesures sanitaires) qui se sont multipliées courant novembre, où la police a finalement utilisé elle-aussi le canon à eau. 

La loi sécurité globale: si vis paces para bellum ?

Le 20 octobre 2020, la proposition de loi relative à la sécurité globale était déposée à l’Assemblée nationale. Visant à protéger les membres des forces de l’ordre et leur famille confrontés à des menaces toujours plus importantes pour certains, encourageant la violence et l’impunité des agents pour d’autres, elle est extrêmement controversée et soulève un débat politique intense. Raphael Glucksmann, député du Parti Socialiste, dénonce une main mise sur le pouvoir de l’opinion, qui dépourvue des images choc, ne pourra pas faire pression en vue d’une meilleure justice.

Le 20 octobre 2020, la proposition de loi relative à la sécurité globale était déposée à l’Assemblée nationale. Visant à protéger les membres des forces de l’ordre et leur famille confrontés à des menaces toujours plus importantes pour certains, encourageant la violence et l’impunité des agents pour d’autres, elle est extrêmement controversée et soulève un débat politique intense. Raphael Glucksmann, député du Parti Socialiste, dénonce une main mise sur le pouvoir de l’opinion, qui dépourvue des images choc, ne pourra pas faire pression en vue d’une meilleure justice.

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A ce sujet, le journal allemand Frankfurter Rundschau cite l’avocat français Patrice Spinosi, pour qui une telle loi n’est que rigoriste. Elle deviendrait néanmoins extrêmement dangereuse pour la démocratie si elle venait à tomber dans d’autres mains…

Mais alors, comment mettre en place un système juste et transparent qui ne permettrait l’impunité sur les faits reprochés ni d’un parti ni de l’autre ? 

La caméra-piéton, une fausse bonne idée ?

Une solution, prônée par plusieurs élus et annoncée par Macron au 14 juillet dernier, s’inspire des systèmes mis en place dans les voisins européens, dont l’Allemagne. Expérimentées depuis 2008 dans certaines zones prioritaires, la caméra-piéton, ou caméra d’intervention, devrait se généraliser sur le territoire français. Légère, compacte, elle est facilement transportable sur tout type d’intervention et permettrait d’obtenir davantage de pièces à conviction, sinon de preuves, sur des lieux de délits ou de crimes, ou lors d’altercations (ces dernières diminuant d’ailleurs du fait de la présence d’une caméra).

Si ce système pourrait « rétablir la confiance entre la police et la population » selon Macron, il reste encore à être amélioré, à commencer par la qualité des caméras, dont l’autonomie énergétique est trop courte et la fixation pas assez stable. Elles auraient néanmoins été choisies selon l’aveu de la Direction générale de la police nationale parce que moins chères… La caméra portative n’exclut en outre pas non plus un usage abusif : non seulement elle peut être éteinte et allumée à tout moment, mais elle pourrait également servir à des âmes malveillantes d’outil de traçage de personnes, voire de représailles.

L’image reste donc un outil de taille pour la justice ; les intentions qu’elle sert sont néanmoins à contrôler, voire à condamner. Et ce, pour les citoyens comme pour la police. 

Sources: (a.i.) (16.09.2020), Rechtsextreme WhatsApp-Gruppen bei Polizei, Aachener Zeitung, https://www.aachener-zeitung.de/nrw-region/rechtsextreme-whatsapp-gruppen-bei-polizei_aid-53385721; Stefan Brändle (27.11.2020), Entsetzen über Polizei, FrankfurterRundschau, https://www.fr.de/politik/frankreich-emmanuel-macron-praesident-polizei-gewalt-sicherheitsgesetz-demonstration-90113777.html; franceinfo (a.i.) (15.07.2020), Pourquoi la police a du mal à être équipée de caméras-piétons (même si le principe a déjà été acté, https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/police/violences-policieres/pourquoi-la-police-a-du-mal-a-etre-equipee-de-cameras-pietons-meme-si-le-principe-a-deja-ete-acte_4044821.html; Thomas Deszpot (08.06.2020), Confiance dans la police : comment se situe véritablement l’opinion?, LCI, https://www.lci.fr/population/confiance-dans-la-police-comment-se-situe-veritablement-l-opinion-2155945.html; Thomas Fürst (06.01.2020), Bodycams werden Standard – Einführung körpernah getragener Aufnahmegeräte, Crisis Prevention, https://crisis-prevention.de/innere-sicherheit/bodycams-werden-standard-einfuehrung-koerpernah-getragener-aufnahmegeraete.html

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