Autour de Laurelei

Goethezeit/Die Loreley


Tout commence avec un rocher bordant le Rhin à la hauteur de la commune allemande Urbar. Il marque le point le plus étroit – et donc le plus dangereux – du fleuve, de telle sorte qu’on ne tarde pas à y voir là la volonté malfaisante d’une nixe, nymphes des eaux germaniques… La légende de la Lorelei, jeune fille chantant divinement bien du haut de son rocher et entrainant les marins aux alentours à leur perte, naît alors. 

Dans les récits les plus anciens, Lore Ley, ou Lurlei, n’est qu’une jeune femme elle-même victime des flots ; conduite de force vers un couvent après avoir refusé sa main à tous les hommes du village, elle aurait demandé à voir une dernière fois le Rhin avant de s’y jeter. A moins qu’elle fuyait après la tromperie de son mari et tombe dans l’eau en jetant un dernier regard vers son château… Il n’empêche que Lorelei est maintenant la maîtresse des lieux, et se ferait entendre aujourd’hui encore à travers de rauques plaintes survenant du rocher.

Le poète Heinrich Heine contribuera à préserver sa mémoire à travers un poème.

Ich weiß nicht was soll es bedeuten,

Dass ich so traurig bin;

Ein Märchen aus alten Zeiten,

Das kommt mir nicht aus dem Sinn.


Die Luft ist kühl und es dunkelt,

Und ruhig fließt der Rhein;

Der Gipfel des Berges funkelt

Im Abendsonnenschein.


Die schönste Jungfrau sitzet

Dort oben wunderbar;

Ihr goldnes Geschmeide blitzet,

Sie kämmt ihr goldenes Haar.


Sie kämmt es mit goldenem Kamme

Und singt ein Lied dabei;

Das hat eine wundersame,

Gewaltige Melodei.


Den Schiffer im kleinen Schiffe

Ergreift es mit wildem Weh;

Er schaut nicht die Felsenriffe,

Er schaut nur hinauf in die Höh.


Ich glaube, die Wellen verschlingen

Am Ende Schiffer und Kahn;

Und das hat mit ihrem Singen

Die Lore-Ley getan.

Je ne saurais m’expliquer,

Pourquoi je suis si triste ;

Cette légende des temps passés

Ne me sort plus de l’esprit.

 

L’air est frais et la pénombre s’installe,

Et le Rhin coule paisiblement ;

Le sommet du rocher pourtant étincelle

Au soleil couchant.

 

La plus belle des jeunes filles y est assise

Tout là-haut, splendide ;

Sa parure dorée scintille

Elle peigne sa chevelure blonde.

 

Elle la peigne avec un peigne d’or

Et chante aussi une chanson

Qui a une si spéciale,

Si puissante mélodie.

 

Au marin sur sa petite embarcation

Elle parvient avec grande douleur

Il ne regarde plus le récif,

Il regarde seulement là-haut dans les hauteurs.

 

Je crois bien qu’ensuite, les vagues engloutissent

Bientôt marin et embarcation

Et c’est bien par sa voix

Que la Lorelei le condamna.


Mais la Lorelei, progressivement, s’étend au-delà du lit du Rhin. Guillaume Apollinaire fournit dans son recueil Alcools une adaptation du poème allemand de Clemens Brentano. Depuis, la Lorelei a également été une muse musicale, dont les chanteurs français Charles Trenet, Hubert-Félix Thiéfaine, Jacques Higelin ou encore récemment Laurent Voulzy.

C’est pour son caractère allemand, et pourtant si internationale – elle a été le siège des rencontres européennes de la jeunesse en 1951 -, que l’on nomme notre site à son nom. La Laurelei, francisée par nos soins, est donc un journal qui porte en son nom et en son symbole le lien étroit entre France et Allemagne, et qui veille sur les territoires du Rhin, et un peu plus loin…